Chapitre4

Published on Oct 06, 2026

Chapitre4

Chapitre4 - PDF to Document

Published on Oct 06, 2026

Description:

UGA / Faculté d’Economie / Analyse économique 1 / J. Durieu Chapitre 4 : Hume et l’ordre spontané Hume David (1711-1776), ami d’Adam Smith, est l’un des auteurs du courant des “Lumières écossaises" (Scottish Enlightenment). On oublie, en effet, trop souvent que l’Ecosse a été fortement impliquée par ce grand mouvement intellectuel du XVIIIième siècle avec des auteurs comme F. Hutcheson (1694- 1746), D. Hume, A. Smith, A. Ferguson (1723-1816). Ce mouvement a abordé le même questionnement que les auteurs étudiés précédemment : comment fonder et légitimer une société dotée d’institutions ? Le XVIIIième siècle vient renforcer le mouvement qui cherche à rendre autonome la décision humaine, en la dégageant encore plus nettement du lien avec un ordre divin. L’économie comme discipline va alors un peu plus trouver la possibilité de se constituer. Les principaux écrits de D. Hume sont : Traité de la nature humaine (1739) avec ses 3 livres (dont le 2ème et surtout le 3ème qui concernent l’économie) ; les 3 Enquêtes, surtout Enquête sur les principes de la morale concernant des questions économiques (1748-58) ; Political Discourses remaniés en Essays, Moral and Political (1741-77), ouvrage le plus directement consacré à l’économie avec des discours tels que : Du commerce, Du luxe, De l’argent, De la balance du commerce, De la jalousie du commerce, De l’impôt, Du crédit public... L’originalité de Hume réside dans une mise en oeuvre très particulière du cadre défini par les trois éléments suivants : nature humaine - état de la nature - contrat social. 1. Concernant l’analyse des comportements individuels, Hume prétend fonder une analyse sociale, non sur la raison, mais sur une base qui peut paraître beaucoup plus fragile, à savoir les passions, les sentiments qui motivent et font agir les individus. 2. Hume considère l’hypothèse de l’état de nature comme peu pertinente s’il s’agit de définir un état figé (donc relativement stable) et s’il s’agit de définir une situation initiale dans laquelle l’homme serait isolé. Selon Hume, l’état de nature a du sens seulement dans le cadre d’une 1évolution graduelle des comportements et d’une vie établie d’emblée en société. 3. En prenant appui sur les passions et sur un opérateur de communication des passions (la “sympathie"), Hume propose d’expliquer comment la variété des passions conduit néanmoins à la constitution de régularités globales et à l’émergence d’institutions. Pour cela, Hume n’a pas recours à l’hypothèse du contrat social, mais il fait appel au concept de convention et au principe de l’ordre spontané (c’est-à-dire un ordre global constitué non intentionnellement par des agents poursuivant intentionnellement d’autres objectifs, dont la portée est souvent réduite au niveau individuel). Dans la suite, nous présenterons tout d’abord la méthode originale d’acquisition des connaissances défendue par Hume. Dans un deuxième temps, nous exposerons l’analyse de la morale proposée par Hume. Troisièmement, nous présenterons les grandes lignes de la conception de la nature humaine développée par Hume. Quatrièmement, nous verrons comment Hume fait intervenir l’analyse économique dans sa vision de l’état de nature. Finalement, nous étudierons comment Hume explique l’apparition de l’état social. 4.1 L’entendement humain et la mise en avant de l’empirisme Hume souhaite expliquer par quels processus intellectuels les hommes comprennent le monde qui les entoure. Comment les connaissances sont-elles formées ? Pour la philosophie politique, l’étude du processus de formation et d’acquisition des connaissances permet notamment d’expliquer comment les êtres humains comprennent les faits sociaux. Hume met en avant une distinction entre deux modes d’acquisition des connaissances. Premièrement, les connaissances peuvent être le fruit d’un raisonnement. Les connaissances ainsi obtenues, appelées “relations d’idées" par Hume, correspondent aux affirmations démontrables, aux connaissances découvertes par la pensée pure (c-à-d la réflexion). Elles se manifestent sous la forme de 2théories (c-à-d de concepts et de relations entre ces concepts). Ces connaissances satisfont au critère de vérité logique (c-à-d une exigence de cohérence dans la déduction opérée à partir de connaissances premières admises comme évidentes ou bien ayant fait l’objet d’une démonstration). Deuxièmement, les connaissances peuvent résulter de l’expérience. Les connaissances ainsi générées, appelées les “choses de fait” par Hume, sont produites grâce à l’accumulation d’observations, de pratiques. Elles se manifestent principalement sous la forme de liens de causalité (cà-d des relations entre une cause et un effet). La causalité est engendrée par l’esprit d’un individu/observateur sur la base de son expérience, de sa confrontation répétée à certaines situations/observations. L’expérience d’une observation conjointe de l’évènement A et de l’évènement B produit une habitude telle que l’individu attend l’évènement B chaque fois qu’il perçoit l’évènement A. Ainsi, Hume écrit “Les idées de cause et d’effet proviennent de l’expérience qui nous informe que tels objets particuliers, dans tous les cas passés, ont été conjoint aux autres." (Traité de la nature humaine). Le recours à l’expérience comme source de connaissances correspond à la méthode qualifiée d’empirisme. La démarche empirique suscite une interrogation quant à sa capacité à produire des lois générales. En effet, comment est-il possible de passer d’observations / d’éléments d’expérience (nécessairement particuliers/singuliers, rattachés à un contexte précis) à des lois ayant vocation à s’appliquer dans de multiples situations ? Pour répondre à cette question, Hume met en avant le principe de ressemblance/d’association. Par ce principe, l’esprit humain procède au rapprochement de situations non strictement identiques. Les relations de causalité observées dans un premier type de situation sont alors étendues à un deuxième type de situation, et ainsi de suite. On obtient ainsi des lois qui s’appliquent à des situations différentes de leur situation d’origine pour peu qu’il y ait une ressemblance entre ces différentes situations. 34.2 L’origine de la connaissance morale (raison versus sentiments) Les deux principaux textes consacrés à la philosophie morale sont le Livre III du Traité de la nature humaine (intitulé La morale) et l’Enquête sur les principes de la morale. La morale traite de la distinction entre les actions vertueuses (dignes d’être approuvées) et les actions vicieuses (condamnables). Selon Hume, la problématique de la morale est de déterminer comment cette distinction se met en place. Comment les individus distinguent-ils le bien du mal ? Dans la section I de l’Enquête, Hume inscrit d’emblée cette question du fondement de la morale dans le débat (essentiellement britannique) qui oppose les rationalistes aux sensualistes. D’un côté, les rationalistes (tel Locke) soutiennent que les distinctions morales relèvent de la raison. De l’autre côté, les sensualistes pensent, au contraire, que le rôle de la raison dans la formation des distinctions morales est subordonnée aux sentiments. Ainsi, Hume écrit : “Récemment s’est élevée une controverse, [..], concernant les fondements généraux de la morale ; Il s’agit de savoir si elle provient de la raison ou du sentiment, si l’on en atteint la connaissance par un enchaînement d’arguments et d’inductions ou par une sensation immédiate [...]" (Enquête, I, p.70). Hume propose deux argumentations en faveur de la thèse sensualiste. La première se situe dans le Traité ; la seconde est développée dans l’appendice I de l’Enquête. Reprenons successivement ces deux argumentations. 1. Dans le Traité, Hume souhaite établir que la distinction morale entre le bien et le mal ne peut pas découler de la raison. Pour Hume l’entendement humain réalise deux opérations : le raisonnement logique qui permet de produire les relations d’idées (démarche déductive) et le raisonnement prenant appui sur l’expérience qui permet la découverte des choses de fait (démarche inductive). Ces deux types d’opération ont pour objet la découverte de la séparation entre le vrai et le faux. Cette séparation est un objet différent de la distinction morale entre le bien et le mal. Par conséquent, la raison qui participe à 4la distinction entre le vrai et le faux n’est pas susceptible d’intervenir dans la construction de la morale. Pour Hume, cet argument “prouve directement que les actions ne tirent pas leur mérite de leur conformité à la raison, ni leur démérite de leur opposition à son égard." (Traité, III, partie 1, section I, p.52-53). 2. Dans l’Enquête, Hume établit que les réactions des individus envers les actions de leurs semblables impliquent deux sentiments : la peine et le plaisir. Expliquons comment ces sentiments interviennent. L’évaluation morale d’une action dépend des conséquences de l’action sur la collectivité. En particulier, Hume soutient qu’une évaluation morale positive survient si l’action est utile c-à-d est favorable à la collectivité. A ce stade, il peut sembler que la raison devrait entrer pour une part considérable dans l’approbation morale. En effet, il suffirait d’appliquer la méthode analytique pour découvrir les effets de toute action. Toutefois, l’utilité n’est pas suffisante pour pouvoir décréter qu’une action est vertueuse. La question est de déterminer ce qui pousse les individus à préférer une action vertueuse, donc utile, à une action vicieuse : “bien que la raison [...] suffise à nous instruire de la tendance nuisible ou utile d’une action, elle n’est pas, à elle seule, suffisante pour produire le blâme ou l’approbation en morale. L’utilité est simplement une tendance vers une certaine fin 1 , et si la fin nous était totalement indifférente, nous ressentirions la même indifférence quant aux moyens 2 . Il est nécessaire qu’un sentiment se manifeste ici, pour nous permettre de préférer les tendances utiles aux tendances nuisibles" (Enquête, pp.206-207). Hume veut dire que la raison permet de connaitre les conséquences (en l’occurence l’utilité) d’une action. Mais si ces conséquences laissent les individus indifférents (c-à-d si elles ne suscitent ni plaisir ni peine), cette information n’a aucune influence sur l’évaluation morale. La raison seule ne saurait déclencher une évaluation. L’approbation d’une action utile, favorable à la collectivité, tient au plaisir associé à l’utilité. A l’inverse, la désapprobation d’une action néfaste pour 1. La fin est ici la coexistence sociale. 2. Les actions utiles 5la collectivité est liée à la peine générée par cette action. Les individus évaluent donc les actions en considérant leurs impacts collectifs en termes de plaisir et de peine. Cette évaluation prend appui sur un lien naturel existant entre les individus, un opérateur par lequel ils communiquent leurs sentiments les uns aux autres. Cet opérateur est la sympathie. Chez Hume, la sympathie renvoie à la capacité des individus à communiquer leurs sentiments 3 : “Les esprits de tous les hommes sont semblables quant à leurs sentiments et à leurs opérations, et il n’y a pas d’inclination ressentie par un homme qui ne puisse également affecter tous les autres à un certain degré." (Traité, III, partie 3, section I, p.197). Au total, la sympathie associée à l’utilité d’une action révèle la qualité morale de cette action. Une action utile crée du plaisir pour certains individus et ce plaisir se diffuse à travers la collectivité par l’intermédiaire de la sympathie. Par exemple, lorsque nous jugeons vertueux le comportement d’une personne, nous observons (ou imaginons) que son comportement est agréable à autrui. Le plaisir ainsi généré, ressenti par la sympathie, déclenche l’approbation morale. Afin de comprendre comment une dynamique sociale va émerger il convient de préciser la représentation de la nature humaine retenue par Hume. 4.3 La conception du comportement humain Trois composantes caractérisent la nature humaine chez Hume : les passions, fondement de tout comportement ; la raison qui est secondaire relativement aux passions, et enfin un opérateur agissant sur les passions, appelé sympathie. 1. Ce sont les diverses passions (c-à-d les sentiments) qui sont à l’origine des actions et qui constituent le point de départ de l’étude du comportement humain. 2. la raison est seconde par rapport aux passions : elle est utilisée uniquement pour assouvir ces passions. Ainsi, la raison concerne les moyens 3. Il faut éviter l’erreur consistant à assimiler la sympathie à un sentiment comme la compassion ou la bienveillance. 6alors que les sentiments définissent les fins. Pour reprendre une expression célèbre de Hume, “la raison est l’esclave des passions". Ce n’est pas la raison seule qui peut expliquer le fait que les agents respectent des règles, se mettent d’accord, en clair font apparaître une société institutionnalisée. 3. En complément des passions, il faut rajouter un opérateur de communication : la sympathie. La sympathie, en permettant le lien entre les divers ressentis passionnels, va contribuer à la formation du sens moral. Mais cet opérateur est soumis à extension. La sympathie non étendue concerne uniquement le cercle restreint des proches. Hume reproche à Hobbes d’avoir une vision trop étroite de la nature humaine. Il juge trop réductrice voire même en contradiction avec les faits la représentation d’un individu centré sur lui-même et rationnel. Il existe des comportements qui répondent à des sentiments, indépendamment de toute considération d’intérêt personnel (le sentiment maternel ou paternel, le sentiment d’amitié... ). De plus, les individus ont une tendance naturelle à établir des liens (non conflictuels) avec les autres individus. 4.4 Le développement de l’économie Hume considère une situation initiale qui est définie par des “circonstances extérieures". Ces éléments vont être confrontés à l’ensemble des passions qui font agir les individus. Il résulte de cette confrontation une dynamique sociale. Hume définit trois catégories de “circonstances extérieures". Les deux premières catégories sont envisagées par Hume uniquement de manière hypothétique (c-à-d comme des situations non réalistes). Elles correspondent à deux situations extrêmes. La première catégorie est marquée par une pénurie extrême de ressources. Dans cette situation, le dispositif passionnel va intensifier l’intérêt personnel, laissant peu de place au jeu de l’opérateur sympathique et rendant sans objet les règles sociales. La deuxième catégorie renvoie à une situation inverse, marquée par une abondance de toutes les ressources. Dans ce cas, le dispositif passionnel conduit à une sympathie très étendue portant à la bienveillance généralisée. La justice est superflue puisque les problèmes de propriété, de répartition ne se posent 7pas. Finalement, Hume retient uniquement la troisième catégorie de “circonstances extérieures". En effet, il estime que “la situation ordinaire de l’humanité est un milieu entre tous ces extrêmes" (Enquête, p. 90). Cette situation est définie par : — une rareté relative des ressources et — une mise en oeuvre initiale de la nature humaine ni strictement égoïste ni strictement généreuse, avec une sympathie restreinte. Dans une telle situation, les comportements des individus prennent alors la forme suivante : “Nous sommes naturellement partiaux envers nous-mêmes et nos amis ; mais nous sommes capables d’apprendre les avantages qui résultent d’une conduite plus équitable. Peu de plaisirs nous sont offerts par la main ouverte et libérale de la nature ; mais par notre art, notre travail, notre zèle, nous pouvons lui en extorquer en abondance...". (ibid, p.90-91). Cet extrait révèle que la construction de règles sociales est concomitante de la mise en place de l’économie, avec le développement d’activités productives et marchandes. Les éléments de nature économique vont être appelés à jouer un rôle crucial dans l’établissement des règles sociales (et en particulier de la justice incarnée dans le droit de propriété). Le développement économique, intégré dans la philosophie morale, suit un processus en quatre étapes. Ces étapes décrivent un processus de complexification des rapports humains conduisant à une formation des règles morales et à la constitution d’une société marchande. 1. La première étape concerne l’organisation du travail et la propriété. La confrontation entre les passions (et les désirs qui y sont liés) et la possibilité limitée d’avoir accès aux ressources induit une inadéquation qui peut être résolue par le travail organisé en société. C’est la nécessité économique qui favorise le lien social, sous la forme d’une organisation du travail. Cette situation conduit à la possession des biens : les individus sont incités à participer à des collaborations seulement si chaque participant peut revendiquer une part de la production obtenue collectivement. Observons que, chez Hume, à la différence de Locke, il n’existe pas de principe ontologique liant individu et propriété : il ne s’agit pas d’une 8association inhérente à la nature humaine. Autrement dit, il n’y a pas de droit de propriété naturel. La propriété est le fruit d’une association habituelle, répétée, mais au départ aléatoire/fortuite, entre des biens et un individu ou un cercle d’individus. La tension sur l’accès aux biens et le rôle limité de la sympathie se traduisent par la mise en cause des attributions de propriété. La précarité de cette situation fait naître un accord tacite portant sur le respect de la propriété (qui devient une règle générale de justice). Cette émergence est toutefois complexe : elle résulte d’un processus temporel. Elle suppose un cheminement long, une confrontation des expériences dans le temps, des tâtonnements. Nous reviendrons sur ce point dans la section suivante. 2. La deuxième étape renvoie à l’établissement du transfert du droit de propriété par consentement. Cette étape est délicate puisqu’elle suppose l’acceptation d’une extension de la relation humaine vers le futur. Mais, elle est décisive pour l’économie puisqu’elle rend possible les échanges. La mise en place du transfert du droit de propriété accompagne le développement des collaborations entre les individus pour la production de bien. En effet, l’organisation des activités productives aboutit à une spécialisation des travailleurs. Chaque individu se spécialise dans la réalisation de certains produits (voire de certaines tâches). Dès lors, tous les travailleurs spécialisés sont des candidats aux échanges : “la possession et la propriété doivent toujours être stables, excepté lorsque le propriétaire consent à les octroyer à une autre personne... Tout cela requiert la réciprocité du commerce et de l’échange..." (ibid, p. 118-9). Si le transfert de propriété est adapté au contexte de rareté relative, son acceptation n’est pas naturelle. Pour admettre de tels transferts, il faut toute la pression de l’interdépendance liée à la division du travail et à la nature différente des biens produits. 3. La troisième étape concerne l’accomplissement des promesses. Hume souligne l’importance de cette étape. “L’invention de la loi de nature sur la stabilité de la possession a déjà rendu les hommes supportables les uns aux autres, celle du transfert de la propriété et de la possession par consentement a commencé de les rendre utiles les 9uns aux autres ; mais ces lois de nature, même strictement observées, ne sont pas encore suffisantes pour les rendre aussi serviables les uns pour les autres que la nature les a habilités à le devenir..." (Traité, III, p. 125). Il faut, en plus, le respect des promesses. Cette étape complète l’interprétation économique puisqu’elle renvoie aux possibilités du crédit, de contrats inscrits dans le temps et plus généralement de toutes les formes économiques d’engagement avec réciprocité non immédiate (c’est-à-dire avec un élément d’incertitude). Pour Hume, il n’existe pas de tendance naturelle à respecter les promesses. Hume propose une réponse originale à la question de l’origine du respect des promesses : si les individus en société s’engagent à respecter des règles (morales et économiques) qu’ils se donnent euxmêmes c’est parce que ces règles apparaissent comme des éléments optimaux progressivement constitués. 4. La quatrième étape concerne le rôle de l’Etat. L’Etat ne crée pas les règles, mais au contraire il résulte de la société constituée. Il peut cependant favoriser leur généralisation. 4.5 La société en tant qu’ordre spontané Chez Hume, l’état social se constitue sous la forme d’un ordre spontané et ne résulte pas d’un contrat explicitement et volontairement signé. L’ordre spontané signifie que l’état social est le résultat non-intentionnel d’actions intentionnelles des agents. La société et l’économie institutionnalisées, avec des règles acceptées, des accords... ne résultent pas d’une décision collective rationnelle et volontaire (c-à-d un contrat social), mais d’un processus imprévu au départ. L’idée d’ordre spontané s’incarne dans les normes de morale et principalement dans la règle du respect du droit de propriété. Si la morale se détermine par le sentiment, une question se pose immédiatement : quel est le processus qui permet de passer de la subjectivité d’un sentiment à une évaluation objective ? Car les sentiments des individus diffèrent entre eux : les sentiments éprouvés par un individu ne correspondent pas forcément aux sentiments qu’un autre individu éprouve dans une situation semblable. Hume est tenu d’expliquer comment les individus corrigent mutuellement leurs sentiments pour chercher un point de vue commun. 10