Mag-OJLV-Vol3-No1 - PDF to Document
Published on Aug 12, 2026
Description:
MAGAZINE
OUI je le veux !
Volume 3 numéro 1 – 2022
OUI je le veux !
Vive le Québec libre !
DOSSIER : LA MONNAIE DU QUÉBEC INDÉPENDANT
Espace voyage
LE FLEUVE À
COTEAU-DU-LAC
EMMANUEL
BILODEAU
« LE QUÉBEC
INDÉPENDANT SERA UN
MODÈLE D’INSPIRATION
POUR LA PLANÈTE. »
IRLANDE:
L’indépendance
inachevée
Le piège de la
péréquation
LECTURE : PORTRAITS DE PATRIOTES 1837-38
JONATHAN
LEMIREDOSSIER TRANSPARLEMENTAIRE:
LA MONNAIE DU QUÉBEC INDÉPENDANT
PAR SYLVIE MOREL ET JACQUES C. MARTIN PAGE 10
ÉDITORIAL
Pétrole, pandémie et... monnaie canadienne..................................................................................3
ACTUALITÉ EN BREF ......................................................................................................................4
CHRONIQUE ÉCONOMIE
Le piège de la péréquation...............................................................................................................9
CHRONIQUE FRANÇAIS
Loi 96 : Chant du cygne ou chant du coq pour le Québec français?.........................................14
ESPACE VOYAGE
NOS MEMBRES PUBLIENT.........................................................................................................18
LA RÉPUBLIQUE DU QUÉBEC, 194E
PAYS À L’ONU
Le Québec, république progressiste dans le monde ....................................................................19
OSER S’ASSUMER
Entrevue avec Emmanuel Bilodeau ...............................................................................................20
INDÉPENDANCE SUR LA PLANÈTE
Irlande : l’indépendance inachevée ............................................................................................. 22
COMPRENDRE LE PASSÉ PRÉPARER L’AVENIR
Après 1995 : la résignation des élites et le plan B du pouvoir canadien ..................................24
CHRONIQUE ENVIRONNEMENT
Les catastrophes climatiques sont maintenant inexorables..........................................................26
COIN LECTURE
Entrevue avec Jonathan Lemire, Historien des patriotes 1837-38 ............................................. 27
NOUVELLES DU MQI .................................................................................................................30
1
TABLE DES MATIÈRES
Coéditeurs
Martine Ouellet
Gilbert Paquette
Rédacteur en chef
Gilbert Paquette
Chroniqueurs
André Bélisle, Jean-Michel Goulet, Gaston Carmichael,
Maxime Laporte, Denis Monière, Gilbert Paquette
Collaborateurs
Jean-Pierre Émond, Sylvie Legault, Hélène Lavarière,
Jacques C. Martin, Denis Monière, Sylvie Morel,
Patrick Ney, Pierre-Marc Savard
Révision linguistique
Sylvie Pouliot
Design graphique
Savana Trudel
Mise en marché
Mouvement Québec indépendant (MQI)
Distributeur
DLL Presse diffusion
Impression
Imprimerie HLN
Abonnements
120, rue de Cadillac, Châteauguay (Québec)
J6K 4K8 [email protected]
DÉPÔT LÉGAL : 3ième trimestre 2022
Dossier numérique : La monnaie d’un Québec indépendant
Oui je le veux! Volume 3 Numéro 1
978-2-924999-26-4 Version ePDF
978-2-924999-25-7 Version ePUB
978-2-924999-24-0 Version papier
ISSN : 2562-3729
Il est possible de reproduire, en tout ou en partie, les
textes de ce magazine à condition de citer l’auteur
et la source. Bien que toutes les précautions aient
été prises pour assurer l’exactitude et la véracité des
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PAR HÉLÈNE LAVARIÈRE PAGE 16GÉNÉRATION INDÉPENDANTE
Magazine Oui, je le veux! 3 Volume 3 numéro 1
ÉDITORIAL
MARTINE OUELLET
Sortir du Canada et récupérer tous nos pouvoirs pour construire
la République du Québec impliquera très certainement la mise
en place de la Banque centrale québécoise et d’une monnaie
québécoise. Cela vous surprend?
Le Canada est un état pétrolier. C’est un fait indéniable. Il est
même l’un des pires états pétroliers d’un point de vue climatique.
Il produit le pétrole et le gaz les plus sales de la planète : le
pétrole bitumineux et le gaz de fracturation. L’ensemble de
ses politiques intérieures et extérieures vise à maintenir et
à renforcer sa position d’État pétrolier. Les exemples sont
éloquents : nationalisation de l’oléoduc Trans Mountain et son
extension, autorisation donnée à la va-vite au projet Bay du
Nord d’extraction du pétrole au large des côtes de Terre-Neuve,
retour du projet GNL de gaz dit « naturel » liquéfié obtenu par
procédé de fracturation principalement en Alberta. Ce dernier
projet implique un gazoduc sur notre territoire passant à travers
l’Abitibi jusqu’au Saguenay où l’on « blanchirait » le gaz sale
par l’utilisation de l’électricité pour sa liquéfaction avant de
l’exporter par bateau. Le projet GNL refait surface avec la guerre
en Ukraine, soi-disant pour soutenir l’Europe, alors que la crise
climatique dicte, pour l’avenir de l’humanité, de laisser sous terre
les combustibles fossiles, particulièrement les plus polluants.
POUR EXORCISER LES PEURS QUI EMPÊCHENT ENCORE TROP
DE QUÉBÉCOIS ET DE QUÉBÉCOISES DE CHOISIR LEUR LIBERTÉ,
IL EST ESSENTIEL DE RÉPONDRE CLAIREMENT, SANS DÉTOUR, À
LEURS INTERROGATIONS.
Le pétrole guide également les relations internationales et les
accords commerciaux du Canada, notamment l’accord CanadaEurope qui ouvre le marché des services publics canadiens
aux mégasociétés européennes, permettant la privatisation des
services publics avec tous ses effets pervers en échange du retrait
d’une surtaxe envisagée par l’Europe sur le pétrole plus polluant
des sables bitumineux.
Le pétrole guide également la politique monétaire de la
Banque du Canada dans l’établissement des taux d’intérêt et la
valeur de la monnaie canadienne, ce qui nuit aux exportations
manufacturières du Québec depuis des décennies.
L’importance stratégique d’une banque centrale d’État est
souvent sous-estimée dans le milieu indépendantiste. La
pandémie de la COVID-19 a mis en évidence le rôle des
banques centrales des différents pays pour faire face à la crise. Et
ce ne sera probablement pas la dernière pandémie mondiale avec
les risques décuplés liés à la crise climatique. Elle nous rappelle
l’importance stratégique pour un État de posséder sa propre
banque centrale et sa propre monnaie comme en ont décidé des
pays progressistes de la taille du Québec comme la Norvège, le
Danemark, la Suède et la Finlande.
UNE BANQUE CENTRALE POUR LA
RÉPUBLIQUE DU QUÉBEC
Oui, nous pouvons choisir de conserver la monnaie canadienne
le temps de la transition vers la mise en place de la République
du Québec, mais qu’en sera-t-il ensuite? Je vous invite à lire
dans ce numéro notre dossier transparlementaire qui prend
position pour une monnaie québécoise. Je dois vous avouer
qu’il était temps que cette question soit abordée franchement
et directement. Pour exorciser les peurs qui empêchent encore
trop de Québécois et de Québécoises de choisir leur liberté,
il est essentiel de répondre clairement, sans détour, à leurs
interrogations.
Ne nous faisons pas d’illusions : il y a peu de chances que le
Canada accepte de donner voix au chapitre au Québec, devenu
pays, quant à sa politique monétaire. Il est donc indispensable
de se préparer à une telle éventualité. Le Canada ne pourra
alors plus nous faire chanter en refusant un droit de veto au
Québec à la Banque du Canada. Nous aurons, avec la monnaie
québécoise, un outil de plus à notre disposition pour faire face
à la crise climatique et aux autres défis sociaux et économiques
du Québec.
PÉTROLE, PANDÉMIE ET... MONNAIE CANADIENNE
Magazine Oui, je le veux! 3 Volume 3 numéro 1Magazine Oui, je le veux! 4 Volume 3 numéro 1
IMMIGRATION : MINORISATION
OU ANGLICISATION?
LE MINISTRE « ÉCOLOGISTE » GUILBAULT
APPROUVE UN AUTRE PROJET PÉTROLIER
Le Canada, en fixant les seuils d’immigration au Canada à
431 000 pour 2022, 447 000 pour 2023 et 451 000 en 2024,
poursuit une politique de minorisation des Québécois au sein
du Canada par la mise en place d’une immigration massive,
telle qu’elle était préconisée jadis dans le rapport Durham. Le
Québec est loin de pouvoir accueillir les 100 000 immigrants par
année qui lui seraient nécessaires pour maintenir sa proportion
actuelle de la population, soit 22,9 %. Le Québec accueillait
traditionnellement autour de 35 000 immigrants par année. En
augmentant le seuil à 50 000 l’an prochain, il n’arrivera pas à
intégrer à la majorité francophone ce flot accru d’immigrants,
plus élevé qu’en France ou aux États-Unis, ce qui accentuera la
régression du français au Québec.
Le Québec ne peut accepter cette évolution du Canada
postnational qui met en péril la nation québécoise, mais
nos « défenseurs » provincialistes à Québec et à Ottawa sont
impuissants. Le gouvernement Legault a réclamé un contrôle
partiel de l’immigration au Québec pour se faire dire non le jour
même par Ottawa. Le Bloc Québécois a présenté un projet de
loi pour maintenir 25 % des sièges du Québec au Parlement
canadien. L’adoption d’une telle loi ne se fera pas, car elle
demanderait des négociations constitutionnelles et l’accord de
sept provinces représentant 50 % de la population canadienne.
Comme le notent de plus en plus de commentateurs politiques,
la seule façon de sortir de l’impasse est la souveraineté qui
donnera au Québec le contrôle total de son immigration.
En mai dernier, quelques
jours après la publication
du dernier rapport
du Groupe d’experts
intergouvernemental
sur l’évolution du climat
(GIEC) réclamant la
fin des investissements
dans les énergies fossiles,
le ministre Steven
Guilbault, ancien écologiste fondateur d’Équiterre, approuvait
le projet Bay du Nord de la multinationale norvégienne Equinor
et de la compagnie canadienne Husky Energy. Ce projet prévoit
exploiter un gisement de pétrole en eau profonde au large de
Terre-Neuve. On envisage d’y extraire jusqu’à 1 milliard de
barils de pétrole sur trente ans, soit l’équivalent de sept ans de
consommation de pétrole au Québec et des émissions annuelles
de GES de 7 à 10 millions d’autos.
Le bureau du ministre Guilbeault a affirmé que le projet
présentait des conditions environnementales strictes, mais son
ancien groupe Équiterre et le groupe Sierra contestent cette
rhétorique de l’industrie. On ne saurait produire du “pétrole
propre” puisque le processus d’extraction ne représente que 10 %
des émissions d’un projet pétrolier, les 90 % restants proviennent
de la combustion du pétrole.
Encore une fois, le gouvernement d’Ottawa et le ministre
Guilbault ont trahi leurs engagements parce qu’ils préfèrent
satisfaire l’industrie pétrolière. Les pseudo-arguments de
création d’emplois ne tiennent plus la route, car autant, sinon
plus d’emplois peuvent être créés aussi par la transition vers
les énergies propres. Avec l’achat du pipeline Trans Mountain
et son projet d’agrandissement, ce nouveau projet entre en
contradiction complète avec les objectifs climatiques d’Ottawa
et les avertissements du GIEC.
Magazine Oui, je le veux! 4 Volume 3 numéro 1
ACTUALITÉ EN BREFMagazine Oui, je le veux! 5 Volume 3 numéro 1
OTTAWA ENLÈVE DES OBLIGATIONS
AUX SECTEURS LES PLUS POLLUANTS
LE POUVOIR DE DÉPENSER D’OTTAWA
DANS LES COMPÉTENCES DU QUÉBEC
Les deux principaux secteurs responsables des GES au Canada
– les industries des énergies fossiles et le domaine des transports –
sont dispensés d’atteindre la cible de réduction des émissions de
GES de 40 % par rapport à leur niveau de 2005 d’ici 2030. Par
contre, le plan Trudeau publié en mars prévoit que les émissions
des industries pétrolière et gazière, et celles des transports, ne
reculeront que de 31 % d’ici 2030.
Interrogé sur cette étonnante exception en faveur des deux
secteurs les plus polluants, le premier ministre Trudeau a
répondu à Vancouver : « Nous en demandons énormément à
l’industrie pétrolière. » Le commissaire à l’environnement et
au développement durable n’est toutefois pas de cet avis. Dans
son rapport déposé l’automne précédent, il dénonçait la lenteur
d’Ottawa, soulignant que « 30 ans d’engagements pris par le
gouvernement fédéral pour réduire les émissions de gaz à effet
de serre au Canada ont abouti à une hausse des émissions de
plus de 20 % depuis 1990 ». Il qualifiait le rachat du pipeline
Trans Mountain d’incohérence politique, laquelle coûterait plus
de 12,6 milliards pour le projet d’agrandissement en cours en
plus du coût d’achat de 4,5 milliards.
Le Canada force ainsi les contribuables québécois à contribuer
au dérèglement climatique, à l’encontre de leurs valeurs et de
la sécurité de la planète. Au Québec, l’indépendance nous
permettrait d’investir ces fonds pour sortir le pétrole et le gaz
de notre équation énergétique et de participer à la lutte contre le
réchauffement climatique.
Le programme du Parti libéral du Canada rendu public à la
dernière élection fédérale porte bien son nom. Le document
« Avançons ensemble » nous avertit que le gouvernement libéral
compte « avancer » dans les champs de compétence provinciaux
– santé, logement, affaires municipales ou services de garde –
en dépensant dans les champs de compétence exclusifs des
provinces. Ottawa ne tiendra pas compte de la Constitution
imposée au Québec et de ses compétences provinciales, sauf
pour bloquer les lois sur la laïcité et la langue française votées
par notre Assemblée nationale.
Le pouvoir fédéral de dépenser n’est reconnu nulle part dans la
Constitution. En récoltant des taxes et des impôts bien au-delà
de ses besoins partout au Canada et au Québec, le gouvernement
d’Ottawa se constitue une énorme réserve qu’il retourne aux
provinces à ses conditions ou qu’il dépense directement dans les
champs de responsabilités exclusives du Québec. C’est ainsi que
le Canada devient de plus en plus centralisé et uniformisé.
Ce « pouvoir » de dépenser d’Ottawa, bien accepté ailleurs au
Canada, a toujours été combattu par le Québec. On a tenté de
le baliser dans les accords de Meech (1987), de Charlottetown
(1992), dans l’entente-cadre sur l’union sociale (1999) ou dans
le projet proposé au gouvernement Harper (2014). Rien n’a
fonctionné. La seule façon de mettre fin au pouvoir unilatéral de
dépenser d’Ottawa est d’éliminer ce gouvernement de trop en
faisant du Québec un pays.
ACTUALITÉ EN BREFMagazine Oui, je le veux! 6 Volume 3 numéro 1
ACTUALITÉ EN BREF
En moins de deux ans, 35 642 candidats originaires des
principaux pays francophones du Maghreb et de l’Afrique
de l’Ouest qui voulaient venir étudier au Québec se sont vu
refuser leur demande par Ottawa. Les taux de refus pour ces
deux bassins de locuteurs francophones frôlent les 100 %,
contredisant les politiques officielles du Québec qui visent à
l’accueil et au maintien de ces étudiants en sol québécois après
la fin de leurs études pour augmenter la présence francophone.
Pendant ce temps, le gouvernement canadien ouvre grandes les
vannes à des étudiants anglophones venus surtout de l’Inde,
accueillis à pleines portes dans les collèges et les universités de
Montréal. Une étude publiée par l’IREC souligne qu’en 2019,
« plus de la moitié des étudiants internationaux du réseau
collégial provenaient de l’Inde (7687), dépassant les personnes
en provenance de la France (4072) ».
Selon une analyse du Devoir le printemps dernier, les cégeps
et les universités du Québec en région étaient les plus grandes
victimes de cette situation. C’est pourtant là où l’on voudrait
voir s’établir les immigrants internationaux. Au contraire, les
étudiants anglophones s’inscrivent dans les collèges et les
universités anglophones de Montréal, alors qu’on sait, depuis
une étude de Statistique Canada en avril dernier, que la majorité
de ces diplômés utiliseront l’anglais de façon prédominante au
travail. Sans un contrôle total de l’immigration par le Québec,
l’anglicisation se poursuivra au travail dans les entreprises du
Québec par l’octroi de permis d’études aux étudiants étrangers
anglophones. Cette situation ne pourra être corrigée que dans
un Québec souverain.
LES ÉTUDIANTS DES PAYS
FRANCOPHONES DISCRIMINÉS
PAR OTTAWA
SERVICES DÉFICIENTS AUX FRANCOPHONES DANS DES
HÔPITAUX ANGLOPHONES
Le Québec se paie le luxe de deux réseaux de soins de santé et de
services sociaux. Dans les établissements de santé anglophones,
plusieurs usagers francophones se plaignent régulièrement de
ne pas obtenir de services en français. En particulier, l’usager
qui veut consulter son rapport médical en français doit remplir
un formulaire en vue d’en obtenir un « résumé » et attendre
patiemment.
Un patient francophone aux prises avec le diagnostic d’une
maladie grave n’a pas droit à un traitement égal dans un État qui
prêche tout haut qu’il n’y a qu’une langue officielle au Québec.
Les recours auprès de l’OQLF ou du Protecteur du citoyen
s’avèrent illusoires, compte tenu du libellé actuel de la Charte
qui permet au rédacteur d’un rapport médical d’avoir recours
indifféremment au français ou à l’anglais. Le projet de loi 96
ne résout pas le problème, puisqu’il mentionne toujours le droit
du patient d’obtenir un « résumé » de son dossier clinique en
français, dans « les plus brefs délais ». Tout le monde sait ce que
signifie ce terme dans une administration publique.
Il serait temps que la loi impose le français comme langue
de travail dans tous les hôpitaux du Québec, et en particulier
la rédaction des dossiers cliniques en français, ce qui n’est
certainement pas le cas présentement. Sans cela, le droit des
patients de participer à leurs soins, de comprendre leur état et
d’être éclairés sur les soins reçus demeurera illusoire.Magazine Oui, je le veux! 7 Volume 3 numéro 1
Le ministre fédéral de la Justice, David Lametti, a annoncé
que le gouvernement Trudeau contestera la possibilité pour le
gouvernement d’une province de recourir de façon préventive
à la disposition de dérogation (ou clause « nonobstant ») de la
Loi constitutionnelle de 1982. Cette démarche vise clairement
à faire retirer la disposition de dérogation des lois 21 et 96 que
le gouvernement du Québec a intégrée pour protéger ses lois
de décisions possibles de la Cour suprême du Canada. En vertu
de la Constitution imposée au Québec en 1982, la Loi sur la
laïcité de l’État (21) et la Loi sur la langue officielle et commune
du Québec, le français (96) pourraient être désavouées en tout
ou en partie. Le Québec devrait alors attendre des mois ou des
années pour pouvoir utiliser la clause dérogatoire et déclarer que les
dispositions contredites par la Cour s’appliqueront quand même.
En dévoilant son jeu si tôt, le gouvernement Trudeau réagit
à la colère que les deux projets de loi ont suscitée parmi les
anglophones du Québec et du Canada anglais où elles sont
faussement condamnées comme des lois racistes. Un éditorial
déchaîné et totalement abusif du Globe and Mail a même avancé
que le gouvernement du Québec procéderait à des perquisitions
abusives et des violations de droits individuels.
Ces accusations injustifiées et gratuites trahissent une volonté de
manipulation de l’opinion publique et un vieux fond oppresseur.
Aux yeux du Canada, l’Assemblée nationale du Québec n’a pas
le droit d’adopter démocratiquement des lois qui protègent ses
valeurs et sa langue. La seule réponse à leur donner est que le
Québec se donne sa propre constitution de pays souverain.
ACTUALITÉ EN BREF
OTTAWA S’ATTAQUE À LA CLAUSE DÉROGATOIRE POUR
COMBATTRE LES LOIS 21 ET 96 DU QUÉBEC
« Notre culture est menacée à haute vitesse, il est urgent d’agir! »,
clament de nombreux organismes culturels québécois, inquiets
que les films et musiques diffusées par Netflix ou Spotify
remplacent de plus en plus les productions culturelles d’ici.
L’Association québécoise de la production médiatique (AQPM)
demande de faire obligation aux plateformes internationales
de financer ou de diffuser des productions audiovisuelles
originales en français. L’Association des professionnels de
l’édition musicale (APEM) demande pour sa part à Ottawa
de contraindre les diffuseurs de musique à recommander de la
musique francophone d’ici.
Rien n’assure que ce sera fait, car c’est Ottawa qui s’arroge les
compétences en matière de communications numériques en
vertu d’un vide de la Constitution canadienne. L’État québécois
n’est pas consulté et est totalement absent des discussions avec
les plateformes internationales.
Par ses nouvelles lois C-10 et C-11, le ministère du Patrimoine
canadien, véritable ministère de la « Culture canadienne », a
confié des pouvoirs
étendus au CRTC.
Rien n’indique que le
CRTC sera sensible
à la protection des
productions culturelles
en français quand on
constate que l’offre
d’emploi du CRTC
pour trouver son prochain président estime « préférable », mais
pas « obligatoire », de maîtriser les deux langues. Or, c’est cet
organisme qui aura à décider si les plateformes respectent les
exigences des nouvelles lois canadiennes, lesquelles sont par
ailleurs extrêmement vagues quant au contenu francophone.
Tous les gouvernements du Québec ont tenté sans succès de
rapatrier au Québec les compétences d’Ottawa dans ce domaine
vital des communications et de la culture. Il est urgent de le faire
en se donnant les moyens d’un pays.
LES PLATEFORMES NUMÉRIQUES ET LE CRTC IGNORENT LA
SPÉCIFICITÉ CULTURELLE DU QUÉBECMagazine Oui, je le veux! 8 Volume 3 numéro 1
ACTUALITÉ EN BREF
LA JUSTICE EN PÉRIL PAR NÉGLIGENCE POLITIQUE
LE SERMENT À LA REINE MAINTENU GRÂCE AU PARTI LIBÉRAL
DU QUÉBEC
Le gouvernement canadien contrôle les fonctions majeures
de la justice au Québec, non seulement par les décisions de
la Cour suprême, mais en nommant tous les juges de la Cour
supérieure du Québec et de la Cour d’appel du Québec. Déjà
en mai 2017, la ministre québécoise réclamait la nomination
de 14 nouveaux juges à la Cour supérieure afin d’améliorer les
délais d’attente et d’éviter que des accusés ne profitent de l’arrêt
Jordan pour échapper à la justice. La ministre canadienne n’avait
alors nommé que 4 nouveaux juges au Québec et 28 ailleurs
au Canada. Depuis ce temps, plusieurs accusés au Québec ont
bénéficié de l’arrêt des procédures (arrêt Jordan) à cause des
délais judiciaires excessifs.
Du côté de la Cour du Québec, dont le personnel est nommé
par Québec, les choses ne vont pas mieux. En mai dernier, le juge
Serge Champoux a quitté son poste de président de la conférence
des juges pour manifester sa dissidence face à la décision – et aux
méthodes – de la juge en chef de la Cour du Québec, Lucie
Rondeau. Celle-ci menace de faire siéger ses magistrats un jour
sur deux à cause du manque de personnel assistant. Le ministre
Jolin-Barrette s’y oppose, inquiet des répercussions majeures que
cela entraînerait sur les délais judiciaires.
En examinant le schéma compliqué du système de justice
au Canada, on comprend que la justice se porterait mieux au
Québec grâce à la simplification et à l’efficacité qu’apporterait la
souveraineté dans ce domaine vital de notre démocratie.
En juin 2022, le député solidaire Sol Zanetti a déposé le
projet de loi 192 visant à reconnaître le serment des députés
envers le peuple du Québec comme seul serment obligatoire
à leur entrée en fonction. Si celui-ci avait été adopté, il serait
devenu optionnel pour les députés élus de prêter un serment
d’allégeance à Sa Majesté la reine du Canada. Ce serment
colonialiste dépassé pose un problème de conscience à tous les
députés indépendantistes et également à l’ensemble des députés
qui s’opposent à la monarchie depuis toujours.
On prétendait qu’un député qui refuserait de le poser ne pourrait
siéger à l’Assemblée nationale du Québec. Se basant sur l’avis
des constitutionnalistes qu’il a consultés, le député Zanetti a
conclu que le Québec peut très bien abolir le serment obligatoire
à la reine, comme il a aboli unilatéralement le Conseil législatif
en 1968. Ces questions se trouvant dans la constitution interne
du Québec, on peut donc les modifier au Québec de façon
unilatérale.
Il est plutôt rare qu’un parti d’opposition fasse adopter une loi,
mais dans ce cas-ci, le projet de loi avait reçu l’appui du parti
au pouvoir qui a décidé de l’appeler, mais à la dernière semaine
de la session. Selon le règlement de l’Assemblée nationale, il
faut alors obtenir le consentement de tous les partis. Le leader
parlementaire du Parti libéral, Marc Tanguay, s’y est toutefois
opposé, prétextant qu’il attaquait l’article 128 la Constitution
canadienne. Qu’il ait raison ou non, ce triste épisode nous
rappelle que nous vivrons malgré nous en monarchie tant que
nous serons une province du Canada.
Source : https://educaloi.qc.ca/capsules/le-systeme-judiciaire-quebecois/Magazine Oui, je le veux! 9 Volume 3 numéro 1
Un jour ou l’autre, nous tombons tous dans le piège de la
péréquation, soit en nous laissant convaincre que le Québec
indépendant ne pourrait vivre sans, soit en perdant notre temps
avec des opposants qui ne cherchent qu’à empêcher le Québec
libre, peu importe la manière.
Avant, c’était la dette.
Maintenant que notre
dette nette est inférieure
à celle de l’Ontario
(42,4 % de notre PIB
en mars 2021 vs 43,1
% selon la Chaire en fiscalité et en finances publiques), est-ce
que nos amoureux du Canada font leur mea-culpa et déclarent
que l’indépendance est réalisable? Évidemment non, car ils ne
cherchent pas la vérité; ils tentent plutôt par tous les moyens
d’apeurer un peuple qui souffre de carences majeures en littératie
économique. Et cela ne date pas d’hier : pensons au coup de la
Brink’s en avril 1970.
Revenons à l’une des fausses peurs les plus populaires en
ce moment, « le Québec indépendant, ne recevant plus de
péréquation, ne serait pas économiquement viable ». Cette
prémisse est trompeuse, car la péréquation n’est pas une étude
sur l’économie du Québec indépendant. La prochaine fois qu’on
tentera de vous faire tomber dans le panneau de la péréquation,
je vous suggère de répondre du tac au tac : sur quelle étude
économique vous basez-vous? Une telle étude doit d’abord
tenir compte de l’ensemble des taxes, des tarifs et des impôts
récoltés sur le territoire québécois, et ensuite estimer l’ensemble
des dépenses du nouvel État indépendant. Elle doit faire des
hypothèses, car certaines dépenses canadiennes n’existeront plus,
par exemple les millions pour la monarchie britannique ou les
milliards pour le pipeline Trans Mountain. Il faut également
calculer les économies réalisées avec la fin des dédoublements
de ministères. Par ailleurs, on doit également considérer de
nouvelles dépenses. Ainsi, les ambassades québécoises devraient
nous coûter plus cher que le cinquième du coût des ambassades
canadiennes que nous payons en ce moment, car nous paierions
100 % des ambassades québécoises, qui elles ne devraient pas
être cinq fois plus petites.
Ce calcul a déjà été fait dans le livre Un gouvernement de trop,
qui estimait plutôt un surplus pour le Québec indépendant.
Notre mouvement doit trouver une manière de renouveler
régulièrement cet exercice. On pourrait même aller plus loin
dans nos hypothèses, car ce calcul comptable est statique, il
ne tient pas compte d’éléments
favorisant l’économie québécoise :
une politique économique cohérente
basée sur nos intérêts premiers, et non
sur ceux de la nation voisine, l’effet
multiplicateur des investissements
qui en découlent, le contrôle
d’une devise québécoise avec une
politique monétaire soutenant
nos exportations manufacturières,
etc. Ces hypothèses devraient
minimalement être avancées quand on nous dresse la liste de
tous les marasmes économiques qui nous attendent, marasmes
qui « miraculeusement » n’ont pas eu lieu dans aucune des
indépendances pacifiques du siècle dernier en Occident.
Se défaire de nos peurs demande du courage et des connaissances.
J’ai la conviction que plus nous serons nombreux à risquer nos
carrières en prenant la parole publiquement pour l’indépendance,
plus grandes seront nos chances de vivre un jour au Québec libre.
LE PIÈGE DE LA PÉRÉQUATION
JEAN-MICHEL GOULET
CHRONIQUE ÉCONOMIEMagazine Oui, je le veux! 10 Volume 3 numéro 1
INDÉPENDANCE ET SOUVERAINETÉ MONÉTAIRE
SYLVIE MOREL
Professeure associée, Département des relations industrielles, Université Laval
Historiquement, les indépendantistes ont été divisés sur le bien-fondé, advenant l’indépendance
du Québec, de créer une monnaie québécoise permettant de doter ce dernier d’une politique
monétaire. Pour ma part, je pense qu’un Québec indépendant devrait posséder une véritable
souveraineté monétaire, car la politique monétaire revêt une importance stratégique, cela plus
encore avec les transformations qu’elle connaît aujourd’hui et qui offrent aux pouvoirs publics
de nouvelles opportunités d’action.
LA MONNAIE : ATTRIBUT DE LA SOUVERAINETÉ ET FONDEMENT DU LIEN SOCIAL
La banque centrale et l’État souverain sont organiquement liés,
affirme Michel Aglietta, économiste spécialiste des institutions
monétaires. La monnaie est, selon lui, une institution essentielle
de la société et « l’ordre monétaire », comme « l’ordre politique »,
vise à faire société. Un Québec indépendant perdrait donc une
pièce maîtresse de son identité et de son développement s’il était
dépourvu de sa propre banque centrale et de sa propre monnaie.
La politique monétaire constitue un outil d’ajustement
économique majeur. L’instrument conventionnel du taux directeur
(qui agit sur la structure des taux d’intérêt dans l’économie)
est manié selon la conjoncture spécifique de chaque espace
national; par exemple, avec une politique monétaire québécoise,
la surchauffe du marché immobilier et le niveau d’endettement
des ménages seraient évalués à partir des situations prévalant au
Québec, et non en Ontario ou dans l’Ouest canadien, ce qui biaise
actuellement les résultats. En régime de change flottant, où le prix
des monnaies les unes par rapport aux autres est déterminé sur le
marché des changes, cela notamment en fonction des « balances
des paiements », un pays peut néanmoins défendre ou laisser
se déprécier sa monnaie selon
ses intérêts. Chose certaine,
dans un Québec indépendant,
le taux de change dépendrait
de la structure industrielle
québécoise et non de celle
du Canada pétrolier, qui plombe le secteur manufacturier
québécois. En effet, la montée des prix du pétrole génère
des pressions à la hausse sur le taux de change, ce qui nuit à
DOSSIER TRANSPARLEMENTAIRE
LA MONNAIE DU QUÉBEC INDÉPENDANT
Aux deux référendums de 1980 et de 1995 sur la souveraineté, le
gouvernement du Québec a proposé que le Québec indépendant
conserve le dollar canadien.
En 1980, dans La nouvelle entente Québec-Canada, le
gouvernement Lévesque proposait une « union monétaire où le
dollar sera maintenu comme seule monnaie ayant cours légal ».
Cette union monétaire Québec-Canada aurait été gérée par une
« autorité monétaire » centrale présidée alternativement par les deux
États, laquelle aurait assuré la création de la monnaie et l’action sur
le taux de change. Chaque État aurait eu par ailleurs sa propre
banque centrale assumant deux autres rôles : gestionnaire de la dette
publique et banquier du gouvernement.
Au référendum 1995, le projet loi de no 1, Loi sur l’avenir du
Québec, se limitait à préciser à l’article 14 : « La monnaie qui a cours
légal au Québec demeure le dollar canadien. » On peut expliquer
cette brièveté par la réticence générale de Jacques Parizeau à l’égard
de l’association, l’offre obligatoire de partenariat inscrite à l’article
3 du projet de loi lui ayant été imposée par ses partenaires Lucien
Bouchard et Mario Dumont.
Le maintien d’une Union monétaire avec le Canada pose plusieurs
difficultés politiques et économiques. Ce dossier montre que le
Québec indépendant aurait plutôt intérêt à créer sa propre monnaie,
pour se donner une politique monétaire adaptée à la réalité de son
économie.
UNION MONÉTAIRE OU MONNAIE DISTICTE ?